Vous vous interrogez sur l’origine et les conséquences de la maladie Covid-19, les moyens de s’en protéger. Voici quelques réponses aux questions que les Français se sont posées

Quels sont les symptômes du Covid-19 ?
ILS SONT DIVERS


Dans la plupart des cas, les symptômes principaux sont similaires à ceux de la grippe : de la fièvre, une toux et une grosse fatigue. D’autres symptômes un peu moins fréquents accompagnent ce tableau clinique, comme des troubles respiratoires pour les cas sévères, des maux de tête, la sécrétion de crachats ou encore la diarrhée.
L’altération du goût ou de l’odorat sont des signes très fréquents d’une infection par le Covid-19 (près de 9 cas sur 10 en Europe). Enfin, il apparaît de plus en plus clairement que des symptômes digestifs, cutanés ou neurologiques se manifestent chez une partie des malades. Dans de plus rares cas, l’infection peut s’accompagner de troubles cardiaques (atteinte du myocarde, notamment), associés à une mortalité nettement plus élevée.

Quels sont les signes des formes graves du Covid-19 ?
DES GÊNES RESPIRATOIRES, MAIS PAS SEULEMENT


La fièvre et la toux sont deux des symptômes les plus fréquents qui caractérisent le Covid-19. Mais pour les formes les plus sévères, celles développées par environ 15 % des personnes atteintes, la maladie provoque surtout une gêne respiratoire importante. « En fonction des patients, on peut rencontrer des attaques cardiaques, des problèmes rénaux » en cas d’antécédents, selon Éric Vivier, professeur d’immunologie à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, « mais le problème principal, c’est un problème pulmonaire. Les patients sont en déficit respiratoire ».
« On distingue trois types de patients parmi ceux qui sont hospitalisés : ceux qui n’ont pas besoin d’oxygénothérapie, ceux qui en ont besoin [via de petits tubes passant près des narines] et ceux qui ont besoin d’une assistance respiratoire mécanique [donc intubés] »

Combien de temps est-on malade du Covid-19 ?
QUELQUES JOURS À PRÈS D’UN MOIS

« C’est très variable », indique Julien Carvelli, médecin réanimateur à l’hôpital marseillais de la Timone. « Il y a des gens qui sont peu symptomatiques qui peuvent s’en remettre assez vite en quelques jours. Mais pour les formes plus graves, la durée de la maladie est évaluée entre sept et vingt et un jours, avec une durée de convalescence d’autant plus importante que la maladie est longue, et liée principalement à l’atteinte respiratoire. ».
Quant aux éventuelles séquelles laissées par la maladie, il est un peu tôt pour les connaître, selon le docteur Carvelli : « L’évaluation des séquelles se fait plutôt dans les trois mois après la guérison. Mais on sait que les maladies respiratoires peuvent créer des séquelles fonctionnelles pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois »

Les personnes asymptomatiques peuvent-elles transmettre le coronavirus ?
PROBABLEMENT


« Il y a tout lieu de penser que les personnes asymptomatiques peuvent transmettre le SARS-CoV-2, selon le docteur Mustapha Si-Tahar, directeur du Centre d’étude des pathologies respiratoires de l’Inserm, à Tours. Les asymptomatiques transportent du virus, et on s’apercevra probablement qu’il y a énormément de gens qui ont porté le virus et qui ont potentiellement été capables de le transmettre à leur entourage. »

Comment le coronavirus se transmet-il ?
PRINCIPALEMENT EN CONTACT AVEC DES PERSONNES INFECTÉES

Il se transmet par les gouttelettes émises par un individu porteur du virus lorsqu’il éternue, tousse ou parle. « On considère donc qu’un contact étroit avec une personne malade est nécessaire pour transmettre la maladie : même lieu de vie, contact direct à moins d’un mètre lors d’une discussion, d’une toux, d’un éternuement ou en l’absence de mesures de protection », précise le ministère de la santé. D’où la consigne de se tenir à au moins à un mètre de distance d’une personne. La transmissibilité du virus se fait également par les mains. Lorsque des gouttelettes infectées ont atterri sur des surfaces ou des objets, et qu’un individu touche ensuite son visage, il y a un risque de contamination, lorsque le virus entre par les muqueuses (nez, bouches, yeux). Des études ont montré qu’une transmission par l’air expiré était plausible. Le directeur de l’Institut national des maladies infectieuses américain, Anthony Fauci, a estimé que c’était un fait acquis. Il est pourtant prématuré d’affirmer que le virus présent dans l’air que nous expirons puisse être responsable de contagion.

Existe-t-il des traitements efficaces contre le coronavirus ?
NON, MAIS DES RECHERCHES SONT EN COURS

Il n’existe aucun traitement qui ait prouvé son efficacité sur le Covid-19, contrairement aux dires de certains. On soulage principalement les symptômes des malades avec du paracétamol, par exemple, contre la douleur ou la fièvre, ou de l’oxygène pour les aider à respirer. Mais des recherches sont en cours. Elles se résument en« trois grandes pistes », explique Eric Vivier, professeur d’immunologie à Marseille.
« La première, ce sont les antiviraux », des médicaments qui vont bloquer la réplication du virus et ralentir l’infection.
« La seconde catégorie de médicaments a rapport avec la vaccination. Beaucoup de laboratoires travaillent sur un vaccin, mais ça n’est pas pour tout de suite. À côté de ça, il y a cette initiative intéressante qui consiste à utiliser le plasma des gens guéris de la maladie pour l’injecter aux autres, ça s’appelle la plasmaphérèse »
« Enfin, la troisième catégorie est celle des molécules déjà existantes que l’on utilise sur d’autres maladies, ça s’appelle le repositionnement moléculaire. L’idée est d’analyser le sang des patients de manière à savoir si l’on doit booster la réponse immunitaire pour combattre l’infection ou au contraire la réguler quand elle est excessive et cause des problèmes respiratoires ».

Est-il vrai que seules les personnes âgées meurent du Covid-19 ?
C’EST PLUTÔT VRAI


Dans la majorité des cas, si l’on en croit les statistiques des décès qui sont dressées dans quatre pays européens (France, Italie, Espagne et Allemagne) et que l’on retrouve sur le site de l’INED, cela se vérifie. Sur les 27 582 décès enregistrés entre le 21 mars et le 7 avril, 54 % ont plus de 80 ans et 95 % ont plus de 60 ans. Pour le reste, 4 % ont entre 50 et 60 ans et 1 % seulement a moins de 50 ans.

Peut-on être porteur sain du virus ?
NON, ON NE PEUT PAS


Il n’existe pas de « porteur sain » dans le cadre de l’infection par un virus. Les porteurs sains se rencontrent lors d’infection bactérienne : au moment de celle-ci, la bactérie peut coloniser des régions entières du corps et des muqueuses sans qu’elle ne provoque de réaction immunitaire. Elle persiste dans l’organisme, sans causer de dégats. Ce qui n’est pas possible avec un virus, car celui-ci est un parasite. Contrairement à la bactérie, il ne peut persister en dehors d’un hôte (une cellule) pour se répliquer, et lorsqu’il le fait, il provoque quasi-systématiquement la mort de ladite cellule, ce qui déclenche alors une réponse immunitaire de l’organisme.
Les personnes asymptomatiques ne sont donc pas des porteurs sains du SARS-CoV-2, mais des personnes dont le système immunitaire a relativement bien combattu l’infection.

Quelles sont les autres maladies souvent associées aux formes graves du Covid-19 ?
IL Y EN A PLUSIEURS


Les facteurs de « comorbidité », c’est-à-dire les conditions médicales qui sont associées à des formes plus sévères de la maladie, voire d’une mortalité supérieure, sont désormais bien établis : le diabète, l’hypertension, le surpoids, les maladies cardio-vasculaires, les maladies coronariennes et les maladies respiratoires chroniques.

Est-il vrai qu’une grande partie des malades n’ont pas de symptômes ?
A PRIORI, OUI


Les premiers travaux de modélisation et les observations (comme sur le paquebot Diamond Princess) citées par l’Institut Pasteur montrent qu’entre 30 % et 60 % des personnes infectées seraient asymptomatiques, c’est-à-dire qu’elles montrent peu ou pas de symptômes de maladie. Pour répondre plus précisément à cette question, il va falloir attendre que des tests soient réalisés sur une part importante et représentative de la population, afin de connaître la proportion de personnes infectées, et ainsi déterminer quelle part représente ceux qui ont eux des symptômes.

Est-ce qu’il y a des souches plus virulentes que d’autres ?
A PRIORI, NON


Si des souches différentes du SARS-CoV-2 ont déjà été observées, il est peu probable qu’il y ait des souches plus pathogènes que d’autres pour le moment. Parce que la « réussite » des mutations des virus répond à des « pressions de sélection », explique Laurent Meertens, chargé de recherche au laboratoire de biologie cellulaire des infections virales de l’Inserm. En clair, même si les mutations existent, elles sont plus importantes et plus larges quand le virus doit s’adapter pour faire face à un nouvel environnement. Comme la grippe saisonnière, dont les mutations annuelles permettent au virus d’infecter plus ou moins d’hôtes. « Ce sont ces pressions de sélection qui poussent à l’émergence d’une nouvelle souche. (…) Ici, on a un virus qui est apparu dans une population naïve [n’ayant jamais rencontré le virus], il se dissémine si bien qu’il n’a pas eu besoin de s’adapter ».
Enfin, les différences observées entre les 8 souches recensées sont minimes. Les plus différentes comptent seulement une vingtaine de nucléotides (les briques élémentaires de l’ADN/ARN) de différence sur les plus de 30 000 que compte le génome du virus, ce qui en fait des mutations sans réelles conséquences.

Puis-je prendre de l’hydroxychloroquine dès les premiers symptômes ?
NON
!

Si elle fait partie des possibles traitements du Covid-19 à l’étude actuellement, la prise d’hydroxychloroquine (Plaquenil) seule ou associée à l’antibiotique azithromycine peut aussi conduire à des effets secondaires graves. Il est dans tous les cas fortement déconseillé de recourir à des traitements médicaux sans demander l’avis d’un médecin au préalable.

Puis-je prendre de l’ibuprofène ou un autre anti-inflammatoire sans attendre un avis médical ?
NON
!

La prise d’anti-inflammatoires sans avis médical préalable est déconseillée, car elle pourrait aggraver les effets du Covid-19. « En cas de fièvre, prenez du paracétamol », conseillait le ministre de la santé Olivier Véran mi-mars (mais là encore dans la limite des doses recommandées, soit trois grammes par jour pour un adulte). En revanche, les patients qui prennent des anti-inflammatoires pour traiter des pathologies chroniques ne doivent pas l’interrompre sans demander l’avis de leur praticien au préalable.

Quels sont les bons réflexes pour ne pas être contaminé ?
D’ABORD LES GESTES BARRIÈRES

Il faut d’abord régulièrement et correctement se laver les mains, avec de l’eau et du savon, pendant trente secondes au moins. S’il n’y a pas de point d’eau à proximité, une solution hydroalcoolique est une bonne alternative, à condition de bien nettoyer ses mains et d’attendre qu’elles soient sèches. Il est également conseillé d’éviter les contacts, et de rester confiné chez soi dans la mesure du possible. En cas de sortie obligatoire (course, travail maintenu, rendez-vous médical), il est recommandé de garder une distance minimale d’un mètre afin d’éviter les postillons potentiellement infectés lors d’un éternuement ou d’une toux. Un des bons réflexes consiste d’ailleurs à éternuer ou tousser dans le coude. Il faut également éviter de se toucher le visage, sauf après nettoyage minutieux des mains. Enfin, en cas de contamination confirmée, ou si quelques symptômes se sont manifestés, il est vivement recommandé de porter un masque pour éviter d’infecter les autres.

Pourquoi la distance recommandée entre deux personnes est-elle d’un mètre ?
CETTE DISTANCE VARIE


Cette mesure de distanciation sociale minimum a été prise afin d’éviter aux personnes d’être infectées à proximité d’une personne qui présenterait des symptômes. Lorsqu’un individu porteur du virus éternue ou tousse, les gouttelettes projetées contiennent le virus. Maintenir une distance d’au moins un mètre permet donc de se protéger, selon l’OMS. Cette recommandation est préconisée en France, en Chine ou en Italie. Mais les autorités préconisent 1,50 m en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Belgique, et environ 2 m aux Etats-Unis et au Canada. Cette préconisation d’un mètre de distance s’applique difficilement à tous les types de toux. Selon l’infectiologue Stéphane Gayet ,du CHU de Strasbourg, les gouttelettes peuvent être projetées au-delà d’un mètre « en cas d’éternuement violent, de toux violente ou de faible humidité de l’air (…) la distance est difficile à apprécier ».
Le débat est loin d’être tranché. Une étude publiée en mars par une chercheuse du MIT montre que de fines gouttelettes porteuses d’agents pathogènes, dans certaines conditions, peuvent circuler jusqu’à 8 m.

L’épidémie va-t-elle s’éteindre avec la hausse des températures au printemps ou en été ?
TROP TÔT POUR LE DIRE


Certains virus sont sensibles aux conditions de température et d’humidité. C’est notamment le cas de la grippe, qu’on qualifie d’ailleurs de saisonnière. Ce phénomène ne concerne cependant pas tous les virus. Parmi les contre-exemples, on trouve d’ailleurs le coronavirus du MERS, qui a pu circuler au Moyen-Orient, et notamment en Arabie saoudite, malgré des températures élevées. Il est trop tôt pour trancher en ce qui concerne le coronavirus SARS-Cov-2, responsable de la pandémie actuelle. Si des études préliminaires ont récemment exploré cette piste et mis en évidence des éléments intéressants, notamment qu’il pourrait exister des conditions d’humidité plus favorables que d’autres à la propagation du virus, rien ne permet encore d’anticiper un net recul du virus avec la hausse des températures.

Sait-on quelle proportion de malades finit par guérir ?
PAS PRÉCISÉMENT


Étant donné qu’on ne dépiste pas tous les cas en France, il est difficile de connaître le taux de létalité, c’est-à-dire la part des personnes infectées qui meurt de la maladie, et donc la proportion des cas qui finit par guérir. Cela dit, dans les pays qui ont massivement testé leur population, le taux de létalité est logiquement plus fiable. Celui-ci est de 1,4 % en Allemagne et de 1,75 % en Corée du Sud. En Autriche, une étude estime que 0,32 % de la population, soit 28 500 personnes, a été infectée, ce qui ferait baisser le taux de létalité à 1 %. Ce qui signifie que plus de 98 % des infectés finissent par guérir de la maladie dans ces pays. Ce chiffre est toutefois sensible à l’âge moyen de la population affectée, et il est très difficile de l’établir pour la France, en l’absence d’un dépistage de masse.

[Source : Par Anne-Aël Durand , Pierre Breteau , Gary Dagorn , Adrien Sénécat et Assma Maad. Publié le 10 avril 2020 dans Le Monde. Regroupement des questions posées, notamment sur le fil WhatsApp du Monde consacré à la pandémie. A noter que la situation évolue rapidement et certaines réponses peuvent être amenées à changer.]