De nombreux essais cliniques sont actuellement en cours en France, comme au plan international, en vue d’évaluer de possibles traitements contre la COVID-19. France Asso a produit une note en vue de fournir des outils nécessaires pour comprendre ce que l’on peut attendre des essais en cours contre la COVID-19.

Quelques exemples représentatifs des essais cliniques contre la COVID-19 conduits en France

Traitements à base d’antiviraux, Discovery est un essai clinique européen coordonné par l’Inserm et réalisé sur 3200 patients répartis dans 6 pays. Lancé le 22 mars 2020, le volet français inclura 800 patients. Son objectif consiste à comparer la prise en charge « classique » des patients atteints de formes sévères de la Covid-19 traités de façon standard à 4 traitements expérimentaux (Remdesivir, Lopinavir/ritonavir avec ou sans interféron et Hydroxychloroquine) pour déterminer le plus efficace.
Cet essai a été conçu pour être « adaptatif », c’est-à-dire qu’il planifie à l’avance des changements possibles en fonction de l’analyse de résultats intermédiaires obtenus au cours de l’essai. Ainsi, à la différence des essais cliniques traditionnels, il sera ici possible de basculer d’un traitement qui se montre sans intérêt vers un autre plus efficace, ce qui diminue les pertes de chances pour les malades.
Cet essai va compléter les données qui sont recueillies au cours d’un autre essai clinique international (10 pays dont la France) testant les mêmes molécules, réalisé sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé et baptisé Solidarity.

L’essai Hycovid, évalue l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez des patients atteints d’une forme non grave de Covid-19, mais à risque élevé d’évolution défavorable. Cet essai clinique randomisé, contrôlé en double aveugle prévoit d’inclure 1 300 patients dans 33 centres répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain. Il s’agit de personnes malades âgées de plus de 75 ans, ainsi que des patients de tous âges à risque d’évolution secondaire grave de la maladie.

Autres traitements testés
CORIMUNO-19 est une étude de grande envergure (1000 participants) pilotée par l’AP-HP, qui permet la réalisation simultanée d’essais contrôlés randomisés de médicaments dirigés contre la réaction immunitaire et inflammatoire excessive qui peut survenir de façon brutale en général une semaine après le début des symptômes. L’objectif est de déterminer si certains de ces médicaments, essentiellement des immuno-modulateurs2, permettent d’éviter aux patients ayant une atteinte modérée ou sévère de nécessiter une réanimation et, chez des patients en réanimation, d’accélérer leur sortie.

L’essai randomisé Coviplasm, qui fait partie de CORIMUNO-19, teste le plasma de personnes guéries de la COVID-19 et qui ont développé des anticorps. Ces anticorps pourraient aider les patients en phase aiguë de la maladie à lutter contre le virus. Soixante patients seront inclus dans l’essai clinique qui se déroulera dans différents hôpitaux de l’AP-HP.
L’essai Stroma-CoV-2, toujours réalisé sous l’égide de l’AP-HP, mise sur des injections de cellules du sang de cordon ombilical qui présentent des propriétés anti-inflammatoires et modulatrices du système immunitaire pour contrôler le syndrome de détresse respiratoire aigu chez des patients intubés. Les effets recherchés sont l’évolution des paramètres respiratoires et de l’état clinique des patients. L’essai, conduit en double aveugle, se propose d’inclure 60 patients.

Les essais vaccinaux
Disposer d’un vaccin contre la COVID est indispensable pour protéger la communauté si l’épidémie se poursuit. L’Institut Pasteur travaille actuellement sur un vaccin préventif, réalisé à partir du vaccin contre la rougeole, qui a été modifié en y insérant des séquences du SARS-CoV2. Une première série d’essais a d’ores et déjà débuté sur des modèles animaux. S’ils se déroulent bien, des essais cliniques pourraient démarrer chez l’homme à la fin de l’été prochain.

Que peut-on attendre des essais cliniques en cours ?
Pour répondre à l’urgence sanitaire, la recherche clinique a dû s’adapter et raccourcir les délais habituels. Ainsi, pour l’essai Discovery, il n’aura fallu que trois semaines pour rédiger le protocole, obtenir les autorisations et lancer le recrutement contre des mois en temps normal. Néanmoins, même dans un contexte de crise sanitaire, les résultats des essais cliniques sont longs à obtenir. Il faut collecter les données, les agréger et les publier.
Cette dernière étape est fondamentale : pour paraitre dans une revue scientifique reconnue, les articles sont évalués de façon anonyme par des experts sans lien avec l’équipe qui a mis en place l’essai clinique. Cette évaluation indépendante, qui vérifie notamment la méthode utilisée et la cohérence des résultats et des conclusions, est une étape cruciale pour assurer la validité des résultats. Actuellement, de nombreux articles sur les essais thérapeutiques concernant la COVID-19 sont mis en ligne avant l’étape de publication. Ces résultats préliminaires peuvent être instructifs pour orienter les autres recherches mais ils doivent être considérés avec précaution et ne peuvent se traduire par la généralisation des traitements.

Par ailleurs, un essai clinique sur un médicament montrant des résultats encourageants ne suffit pas à faire évoluer les recommandations thérapeutiques. Il faut souvent croiser les données de plusieurs essais pour mettre au point différentes stratégies thérapeutiques.
Dans le cas de la COVID-19, on peut espérer trouver une molécule efficace à tous les stades de la maladie et pour tous les patients. Les différents essais cliniques actuellement en cours devraient permettre de définir des stratégies différenciées associant thérapie médicamenteuse et soins non médicamenteux – la mise sous oxygène par exemple – selon le profil du patient et le niveau de l’atteinte.

Pour en savoir plus : lire la note de l’ANSM : Covid 19 – Essais cliniques en cours