Dossier médical partagé (DMP) : retour vers le futur

La ministre de la Santé, le Pr. Agnès Buzyn, a officiellement relancé, le 6 novembre 2018, le dossier médical partagé (DMP). Il a été mis sur les fonds baptismaux en 2005, sous la houlette de Xavier Bertrand, ministre de la Santé. Le calendrier tel que fixé par la loi du 13 août 2004 prévoyait une généralisation du DMP au 1er juillet 2007. Il aura donc fallu plus de 10 ans et un demi-milliard d’euros pour qu’il soit appliqué à l’ensemble du territoire.

Pour moi, le DMP était et reste avant tout un outil médical au service de l’amélioration de la qualité des soins, déclare en Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, le 8 janvier 2008, devant les députés de l’Assemblée nationale qui l’auditionnent. Le DMP est l’un des éléments d’un système de santé moderne dans lequel les patients sont responsables et la communication entre les différents professionnels est effective. Avec l’évaluation des pratiques professionnelles, le rôle du médecin traitant et le parcours de soin ou encore la rénovation de l’organisation territoriale des soins, le DMP est l’une des pierres de la modernisation du système de soins que nous avons voulu porter au service de la santé des Français.

Ce DMP devait être le support et le levier d’une meilleure coordination des soins entre professionnels de santé autour du patient. Il fut l’objet de critiques nombreuses, puis d’un quasi blocage par les médecins libéraux, avant d’être repris en 2016, à la demande du gouvernement Hollande, par l’Assurance-maladie, sous la direction de Nicolas revel. Un GIP, le Groupement de préfiguration du dossier médical partagé, fut ainsi constitué en avril 2005, regroupant l’État (ministère de la Santé), l’Assurance maladie et la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Le DMP fut l’objet de nombreux schémas techniques, de relances multiples et de supports institutionnels renouvelés. Sans succès. Plus de 500 millions d’euros ont, sur la décennie écoulée, été consacrés à ce projet, qui aboutit à l’ouverture de 500 000 dossiers, en 2016 dans quelques départements dits “expérimentaux”. On ne compte à ce jour encore que 1,9 million de DMP ouverts, et pas tous actifs, loin s’en faut. Un chiffre qui est loin de couvrir l’ensemble des assurés sociaux et de leurs ayant-droit.

Un progrès majeur

Cette semaine, le monstre du Loch Ness numérique de la santé refait surface. “Le Dossier Médical Partagé a été longtemps attendu, maintes fois annoncé, maintes fois repoussé, déclare le 6 novembre la ministre de la santé, le Pr. Agnès Buzyn (photos), en présence du patron de la CNAMTS, Nicolas Revel. Il doit devenir demain une évidence pour tous les Français, comme l’est devenue la carte Vitale. Le Dossier Médical Partagé a été longtemps attendu, maintes fois annoncé, maintes fois repoussé. Il doit devenir demain une évidence pour tous les Français, comme l’est devenue la carte Vitale”.

Agnès Buzyn entend ainsi compter “sur l’ensemble des professionnels de santé pour veiller à son développement et pour le faire vivre, dans l’intérêt des professionnels et des patient”. Elle veut en faire “un progrès majeur au service des patients”. Car les Français ne disposent toujours pas, à l’instar de leurs voisins européens de l’historique de leur dossier médical, éparpillé entre la ville et l’hôpital. Une situation qui engendre de la perte de temps et de la perte d’informations.

Trois objectifs et un espace numérique de santé

Avec leur DMP, les patients pourront accéder en ligne, via internet, à l’ensemble des données médicales les concernant. L’ensemble des prescriptions (examens biologiques, radio, médicaments etc) dont les mêmes patients peuvent bénéficier seront dématérialisées, c’est à dire inscrites dans leur dossier et immédiatement accessibles. Enfin, le partage des informations entre les acteurs de santé sera simplifié.
“Nous avons donc opté pour la création d’un Espace Numérique de Santé”, a encore souligné la ministre. Ce dernier comprendra l’ensemble des données administratives, d’état civil et de situation sociale de l’usager, ainsi que les données relatives à ses aidants et aux professionnels concourant à sa prise en charge.

L’Espace numérique accueillera le DMP, dans lequel le patient pourra à la fois consulter les données médicales le concernant, en provenance des professionnels de santé, mais aussi scanner et ajouter lui-même des documents de son dossier médical « papier » (anciens compte-rendu, résultats d’examens, courriers …). “Il est un rouage indispensable de la coordination et de la continuité des soins“, note Agnès Buzyn.”Il doit améliorer la prise en charge des pathologies chroniques et le suivi médical des patients fragiles, enfants comme personnes âgées.”

Avec ce DMP, le gouvernement entend également améliorer la prévention, réduire les risques de maladie et de perte d’autonomie, et mieux prendre en charge les patients.

Le DMP permettra à terme à chacun de devenir acteur de sa santé, ceci renforcé par la possibilité de renseigner des informations diverses, telles que la personne de confiance, ses choix en matière de dons d’organes et, à venir, ses directives anticipées, souligne de son côté France Assos Santé, nom choisi par l’Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé. Les usagers sont au cœur de ce dispositif grâce à la possibilité d’ajout de documents personnels, la gestion individuelle des autorisations d’accès délivrées aux professionnels de santé de son choix ainsi que la possibilité de masquage des informations qu’ils ne souhaitent pas partager.”

Jean-Jacques Cristofari

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