Pourquoi est-il si long et si difficile de trouver de nouveaux médicaments pour ces deux maladies que sont la fibrose pulmonaire idiopathique et les maladies interstitielles pulmonaires ? La réponse passe par une augmentation du nombre de participants aux essais cliniques, essais qui ont un coût élevé, nous explique le Pr Toby Maher, de la Keck School of Medecine de Los Angeles (USA), lors du Congrès de la Fédération européenne des associations de patients FPI, l’EU-IPFF.

Il y a dix ans, certaines thérapies préconisées et utilisées se sont révélées nocives“, explique Le Pr. Maher, citant pour exemple la combinaison de médicaments associant des stéroïdes et des immuno-suppressants qui fut recommandée à l’époque. “Ce ne fut qu’en 2011 et 2012 que des essais cliniques ont révélé que cette combinaison était nocive“, ajoute le médecin. ” Et comme on ne sait jamais si ces nouvelles thérapies vont marcher, il a été mis en place des essais cliniques sur différentes phases pour être sûr du bénéfice de ces thérapies.”


Le professeur de médecine clinique issu de l’Université de Southampton Medical School (UK), Toby Maher (photo), souligne ainsi le long parcours de la recherche clinique menée sur la FPI et ses différentes phases :

La phase I est ainsi mise en place après les résultats positifs des essais en laboratoire sur des animaux. (sur la sécurité et l’efficacité). “On a commencé alors des essais sur des individus volontaires et en bonne santé“, note ce dernier en ajoutant que les essais se font de façon progressive et ascendante sur une courte période. “Il s’agit d’être sûr de l’efficacité de ces nouvelles thérapies, avec une étude pharmacologique sur la façon dont ces médicaments agissent sur le corps humain.” “Cela peut sembler anodin, mais ce n est pas une simple formalité, car nous avons 4 exemples de médicaments en phase I qui ont causé d’énormes dégâts il y a une quinzaine d’années. Heureusement tous les participants ont survécu à ces essais.
La phase II des essais implique des malades de la fibrose ( PFI ou MPI). Deux groupes sont alors soumis à l étude :
un groupe placébo (sur une durée plus courte) et un groupe qui teste la nouvelle molécule sur une durée de 52 semaines. “Quand on est sûr que la molécule agit comme elle est censée le faire et fonctionne bien comme une thérapie anti-fibrosante, nous passons à la phase III“, poursuit le praticien. Il va dès lors s’agir de montrer aux instances pharmacologiques qui régulent et évaluent les médicaments que ce nouveau médicament est sûr et efficace.
la phase III va être la plus longue (52 semaines) et va impliquer davantage de patients que dans la phase II. “Plusieurs tests cliniques sont menés en parallèle dans différents centres hospitaliers, car les instances de régulation du médicament veulent s’assurer de l’équivalence des résultats avant de finaliser leur accord sur l’efficacité du nouveau produit“, ajoute le Pr Maher. Bénéfice pou les patients impliqués : souvent après la phase III des essais cliniques, ils ont l’occasion de garder le traitement jusqu’à ce que les résultats sont officiellement garantis. “A ce stade, la sécurité du nouveau  traitement  est primordiale : il y a contrôle de la part des laboratoires qui soutiennent les essais, de la part des inspections des autorités pharmacologiques, et du conseil de surveillance sur la sécurité pour les patients qui vont prendre ce nouveau médicament.” Ainsi, récemment, un essai en phase 3 sur un nouveau médicament contre la fibrose pulmonaire effectué par les laboratoires Galapagos a été arrêté ! “Le conseil de surveillance médicale était inquiet par certains résultats  et donc il a été décidé d’arrêter les essais de façon prématurée.”
– Enfin, la phase 4 va commencer quand les autorités de contrôle du médicament (ANSM en France; EMA en Europe) donnent leur aval à la commercialisation du médicament. ” Le médicament peut alors être donné dans les essais cliniques pour évaluer le rôle des bio-marqueurs (cellules sanguines) et examiner les combinaisons de traitements, à savoir comment ils inter-agissent avec la nouvelle thérapie.” On veut savoir avec cette dernière phase si le traitement est efficace chez le patient dans la vraie vie (comment il vit sa maladie, comment il se sent et comment il survit à la maladie). La spirométrie permettra, de façon indirecte, de mesurer sur le temps, la force de la capacité respiratoire, tout comme l’examen de la marche sur 6 minutes. En cas d’hospitalisation, on vérifiera également s’il y a des exacerbations, voire des décès. A cette panoplie de moyens, note encore le praticien, s’ajoute l’utilisation croissante par ordinateur des études de l’imagerie médicale, qui nous indiquent s’il y a une aggravation ou pas de la maladie (CT Scanners). Car la fibrose agit de façon très variable selon les individus.

Un coût économique certain

“Les essais cliniques coûtent très chers et se déroulent dans de multiples centres hospitaliers localisés dans le monde entier”, souligne le Pr Maher. Ainsi, en phase 2a, 5 à 20 centres peuvent être impliqués pour un coût d’environ 20 millions dollars. En phase II b, ils sont entre 40 à 80 centres impliqués, pour un coût entre 40 à 80 millions de dollars. et enfin, en phase III, il y a plus de 120 centres pour un coût supérieur à 250 millions de dollars. la mise sur le marché d’un nouveau médicament est dans ce registre estimée souvent à plus de 800 millions de dollars.
Les essais cliniques sont essentiels pour identifier de façon sûre et efficace les nouvelles thérapies, conclut le Pr Maher. Les dernières étapes des phases des essais apportent une confiance plus forte sur l’efficacité et la sûreté du nouveau produit. La participation à ces essais est bénéfique, mais les patients doivent rester lucides et comprendre qu’il y a des avantages, mais que des inconvénients subsistent aussi.

NB : pour revoir l’intégralité de leurs interventions, aller sur https://vimeo.com/542687612
[Texte rédigé à partir de la traduction de Aïcha Zrari Kawak]