Le récent sommet européen de la Fédération EU-IPFF, qui a été organisé les 23 et 24 avril, a évoqué différentes questions relatives aux recherches menées sur la FPI. Le Dr Helen Parfey, pneumologue au Royal Papworth Hospital, à Cambridge (Royaume-Uni) et le Dr Francesco Bonella, chercheur sur les maladies rares et les biomarqueurs à Hôpital-Universitaire de Hessen (Allemagne), ont précisé quels étaient les mécanismes d’actions de la FPI et les impacts sur cette dernière des traitements antifibrosants disponibles et à venir.

“Il existe un grand besoin de comprendre comment la maladie s’installe et évolue pour bénéficier des thérapies mieux adaptées”, a souligné le Dr Parfey en introduction à ses propos. Elle a ainsi rappelé que fumer augmente le risque de la maladie par 2.8 et que 20 % des patients ont des antécédents familiaux de fibrose pulmonaire. “On a ainsi été capable d’identifier des gènes qui causeraient cette maladie, mais pour l’instant seulement dans 5% des cas.”
Le vieillissement est l’un des facteurs de risque de la fibrose, a souligné la pneumologue : en vieillissant, nos télomères(chromosomes) se raccourcissent et deviennent moins efficaces dans la régulation de nos cellules. En conséquence, celles-ci réagissent moins bien et deviennent sénescentes (elles vieillissent). “Ce phénomène de la fibrose peut également se voir dans la fibrose du foie.”

Quels sont dès lors les mécanismes d’actions de la FPI ?
Les poumons essaient de réagir à des éléments extérieurs intrusifs qui endommagent les cellules (facteurs environnementaux/virus/bactéries/pollution/fumée…)“, a poursuivi Helen Parfey (photo) “Les cellules principales des poumons reconnaissent et réagissent à ces intrus en envoyant des “médiateurs” pour contrer l’inflammation. Les poumons essaient de réagir en réparant ces cellules (en produisant du collagène, qui est la matrice du poumon).” Chez la plupart des personnes, cette action répare les poumons, qui retrouvent ainsi un aspect normal. “Dans le cas de la fibrose, selon la combinaison génétique ou selon un facteur extérieur, ce processus est déformé, il en résulte une fabrication excessive de collagène, ce qui forme une cicatrice sur les poumons. Cela affecte le mécanisme des poumons et tout cela affecte le système de régulation respiratoire des poumons.” Il s’agit au total d’un mécanisme complexe dans lequel il y a plusieurs variantes : raison pour laquelle il sera très difficile d’obtenir un seul traitement.
Des progrès importants sur notre compréhension du mécanisme de la maladie sont apparus ces dernières années.
Des études génétiques ont apporté des perspectives de compréhension nouvelles sur le mécanisme de la maladie, comme celles :  
* du rôle de la réaction immunitaire, la fonction de blocage des intrus, la circulation de l’air dans les poumons.
* Le rôle-clé des infections virales ou bactériennes avec les modifiants liés à l’environnement ou à la fumée.
* ou encore de l’importance clé de la génétique à l’avenir comme un bio-marqueur pour diagnostiquer de façon préventive ceux qui développeront cette maladie, sa progression et le choix du traitement à donner.
Actuellement, nous ne connaissons que 30% des gènes qui causent la fibrose pulmonaire“, a conclu la pneumologue, en précisant que “nous avons identifié Le gène MUC5B comme le principal facteur de la fibrose.” “Nous avons beaucoup appris ces 10 dernières années et on espère que cela va générer de nouvelles thérapies contre la fibrose pulmonaire

Comment fonctionnent les traitements anti-fibrosants ?
Depuis 10 à 15 ans, nous avons beaucoup appris sur cette maladie“, a précisé le Dr Francesco Bonella (photo), pour qui “cette maladie agit différemment selon les personnes et nous cherchons comment agir selon les cas. Il a ainsi souligné que les médicaments contre la FPI réduisent effectivement la progression du tissu cicatriciel des poumons : “le pirfenidone et le nintedanib réduisent la perte de ce volume et agissent différemment sur le mécanisme de perte de volume“, en rappelant qu’en termes d’efficacité, il n’y a pas de différence entre ces deux molécules, qui ont également démontré leur efficacité sur d’autres organes, dont les reins. “Bien que les médicaments anti-fibrosants ont montré le ralentissement de la progression de la maladie, ils n’ont cependant pas démontré qu’ils améliorent de façon substantielle les symptômes des patients en particulier celui de la respiration courte”, a ajouté le médecin. “Un traitement sur une longue durée avec un anti-fibrosant est sûr, mais les effets secondaires sont fréquents et ils impactent la qualité de vie.

Cibler les symptômes

Pour l’avenir, la recherche va se centrer sur les effets des thérapies qui ciblent les symptômes“, a-t-il encore ajouté. Il s’agira d’une thérapie qui combinera les anti-fibrosants existants, des traitements multi-disciplinaires incluant une réhabilitation pulmonaire et des soins palliatifs pour une meilleure qualité de vie.
Quels sont dès lors les types de solutions à l’étude pour les anti-fibrosants ?

  • associer le pirfenidone avec le nintedanib ?
  • ou bien associer le pirfenidone ou le nintedanib avec des anti-corps monoclonals?
  • ou bien un anti-fibrosant + antibiotiques (thérapie qui cible le microbiome)?
  • ou bien une thérapie ciblant des gènes ou épigénétique?(MIRNA)

“Plusieurs tests cliniques sont en cours et les résultats commencent à arriver, a conclu Francesco Bonella. Pour la nouvelle génération de médicaments d’anti-fibrosants, au moins deux des substances étudiées seront bientôt approuvées. Dans les 5 années à venir nous devrions voir d’énormes changements dans le traitement de la maladie. Nous recevons de plus en plus de données des tests cliniques.

NB : pour revoir l’intégralité de leurs interventions, aller sur https://vimeo.com/542612071
[texte rédigé à partir de la traduction de Aïcha Zrari Kawak]