Le journal Libération revient le 20 octobre sur la question des greffes, le bilan qu’en a réalisé pour 2020 l’Agence de Biomédecine et évoque les demandes du Collectif Greffes + qui formule quelques propositions pour relancer les dons d’organes.

Lucie Beaugé note en effet dans Libération que « Cédric Emile, coordinateur du collectif Greffes +, tire la sonnette d’alarme. C’est que non seulement les chiffres ne sont pas bons mais ils se dégradent. Selon les données compilées par ce collectif qui regroupe 9 associations de patients et de familles, plus de 700 personnes sont mortes en 2019 sur les 26.000 en attente d’une greffe de rein, de poumon ou encore de foie ».
Le responsable déclare que « si la courbe du nombre de greffes ne devient pas exponentielle comme celle du nombre de patients, on court à la catastrophe ».
La journaliste explique qu’en 2019, « 5900 malades ont pu être greffés mais le nombre de demandeurs ne cesse de croître en France, contrairement à l’Espagne où le don d’organes est très courant. D’où l’idée d’organiser la semaine dernière les premières Assises nationales du don d’organes ».
« En attendant le nouveau plan greffe du ministère de la Santé pour la période 2022-2027, la Fondation Greffe de vie, France rein ou encore Vaincre la mucoviscidose s’activent dans l’espoir de lever les obstacles au don »,
poursuit Lucie Beaugé.
Elle souligne que « la pandémie de Covid-19 est venue tout compliquer pour les malades. Dans les hôpitaux, l’activité de transplantation a été réduite à son strict minimum, de manière à ne gérer que les urgences et permettre au personnel de se consacrer aux patients atteints du Sars-CoV-2. […] En 2020, 4417 personnes ont ainsi été greffées, «soit une baisse de 25% par rapport à l’année précédente», souligne l’Agence de la biomédecine ».
Lucie Beaugé note que « le Covid refluant et la vaccination progressant, les services de réanimation se sont heureusement désengorgés. Mais Cédric Emile observe «un plafond difficile à dépasser» en France. Au point que son collectif, qui espérait 7800 greffes en 2021, a décidé de reporter cet objectif à 2026 ».
Ce dernier indique ainsi que « nous serons autour de 5100 greffes réalisées au 31 décembre de cette année ». « Soit en dessous du niveau de 2019 », précise la journaliste, qui relève : « Que ce soit de leur vivant ou à titre post-mortem, les donneurs sont de moins en moins nombreux en France ».
Lucie Beaugé explique que « pour impulser une culture du don en France, le collectif Greffes + mise sur la pédagogie ».
Cédric Emile précise : « Cela doit passer par l’éducation, mais aussi par l’hôpital : au niveau des équipes comme au sein de la population, il y a un manque d’information. Bien entendu, on ne veut pas forcer les gens : il faut savoir comprendre les refus, les peurs. Le maître-mot, c’est le respect »
La journaliste ajoute que « les associations militent également pour l’élaboration d’une meilleure gouvernance de la politique du don d’organes ».
Cédric Emile déclare que « l’Agence de la biomédecine (ABM) fait un excellent travail auprès des professionnels de santé, mais elle ne possède que très peu de pouvoir. Il nous manque un chef d’orchestre, alors que nous avons d’excellents musiciens. […] On laisse le choix au ministère de désigner une autorité référente : donner plus de pouvoir à l’ABM, ou créer une nouvelle instance ».
Lucie Beaugé évoque une « autre demande du collectif, doter chaque ARS d’un médecin qui s’occuperait à temps plein de la politique de dons d’organes qui pourrait faire le relais entre les acteurs locaux (hôpitaux) et nationaux (ministère de la Santé, ABM). Mais surtout, ce professionnel pourrait repérer rapidement les patients présentant un fort risque de mort cérébrale et dont le prélèvement d’organes s’avère possible et consenti ».
La journaliste évoque enfin l’exemple de l’Espagne, « considérée comme leader mondial du don d’organes, avec un taux de refus de seulement 14%. Avec 48,9 donneurs morts par million d’habitants en 2019, le pays devance très largement la France et ses 27,9 donneurs par million d’habitants. […] Madrid a fait du don d’organes une priorité de santé, comme peuvent l’être les plans cancer en France ».

[Source : Mediscoop.net du 20-10-2021]