Anne-Laure Frémont indique dans Le Figaro du 21 octobre que « cette hypothèse avancée il y a déjà plusieurs mois est renforcée par deux nouvelles études publiées ce mois-ci dans la revue Blood Advances de la Société américaine d’hématologie. Les groupes sanguins joueraient même un rôle à plusieurs niveaux dans la vulnérabilité face au Covid-19, et à chaque fois les « O » s’en sortiraient mieux ».

La journaliste explique que « la première étude, danoise, se penche sur le risque d’être infecté par le virus. […] Portant sur plus de 470.000 personnes, 38,4% des testées positives étaient de groupe sanguin O alors que ce dernier représente 41,7% de la population danoise ».
Anne-Laure Frémont note que « ce n’est pas la première fois que la corrélation entre groupe sanguin et coronavirus est observée : des chercheurs hongkongais l’avaient déjà constatée pour le Sras il y a 15 ans ».
Jacques Le Pendu, directeur de recherche à l’Inserm-Université de Nantes, remarque ainsi : « Un consensus se dégage indéniablement, à savoir que les gens de groupe O auraient environ 20% de risque en moins de contracter le virus, et ceux de groupe A et AB un risque plutôt plus élevé ».
La journaliste s’interroge : « Comment expliquer cette résistance à géométrie variable ? Elle est en fait probablement due aux anticorps, ces défenses naturelles utilisées par le système immunitaire pour débusquer puis neutraliser les agents pathogènes ».
« Une personne de groupe sanguin A possède des antigènes A mais développe dès les premiers mois de sa vie des anticorps anti-B ; celle de groupe sanguin B, des anticorps anti-A ; celle de groupe O, à la fois des anticorps anti-A et anti-B, et celle de groupe AB, aucun anticorps »,
précise Anne-Laure Frémont.

Vaccinés naturellement

Elle indique que « ces antigènes et anticorps […] ne sont pas seulement exprimés dans le sang mais aussi dans les cellules spécifiquement ciblées par le virus, comme celles qui se trouvent sur la paroi du poumon ou de l’intestin (les cellules épithéliales). Le virus qui va aller s’accrocher à ces cellules va être répliqué par ces dernières et donc porter la même étiquette. Autrement dit, si la cellule porte le marqueur « groupe sanguin A », le virus va aussi le porter ».
Jacques Le Pendu ajoute que « le virus qui vient d’une personne de groupe sanguin A ou B, s’il croise une personne groupe O, va ainsi rencontrer des anticorps anti-A et anti-B qui vont le neutraliser ».

Anne-Laure Frémont relève que « les personnes de groupe sanguin O sont donc en quelque sorte vaccinées naturellement par leurs anticorps anti-A et B… sauf si, bien sûr, elles sont contaminées par une autre personne du groupe O. Les A sont en revanche moins protégés car ils n’ont que des anticorps anti-B, or les personnes de groupe sanguin B ne sont pas très nombreuses. En France en effet, 44% des gens sont de groupe A, 42% sont O, 10% sont B, et 4% sont AB, selon l’Établissement français du sang ».

Jacques Le Pendu indique cependant que « cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas être contaminé si on est de groupe O. Il ne faut pas changer de comportement et oublier les gestes barrières. Mais à l’échelle de la population, cela permet une certaine protection, un peu de la même façon que l’immunité collective ».

Anne-Laure Frémont ajoute que « la seconde étude publiée dans Blood Advances, canadienne cette fois, explore quant à elle le lien entre groupe sanguin et sévérité de la maladie. Portant sur un petit échantillon de 95 patients hospitalisés et gravement malades à Vancouver, elle suggère que les groupes O et B ont moins de chances de voir leur état empirer que les groupes A et AB ».

« Ils sont notamment moins susceptibles d’avoir besoin d’une ventilation mécanique (61% contre 84%), de souffrir d’insuffisance rénale (9% contre 32%) ou de mourir (14% contre 24%). Les auteurs de l’étude restent toutefois prudents : l’échantillon considéré reste petit et le lien avec le groupe sanguin pourrait n’être qu’une partie de l’équation », relève la journaliste.